Infertilité, azoospermie, PMA, CECOS, dons


    Lettre aux futurs Mères IAD

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    Mick68
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    Lettre aux futurs Mères IAD

    Message par Mick68 le Mer 9 Oct - 8:38

    Ecrit par une Maman d'un enfant issu de Don

    Voilà quelle était ma situation, il y a quelques années. Peut-être est-ce la vôtre maintenant. Aujourd'hui, nous sommes les parents de deux jeunes enfants conçus par différents donneurs. Ils sont aussi différents et merveilleux que n'importe quels frères et sœurs et maintenant nous sommes confrontés à une autre étape de la vie….. le nid vide. Mais il y a eu un grand nombre de sentiments et de problèmes préoccupants à affronter avant de prendre la décision d'aller de l'avant et d'utiliser l'IAD pour nous aider à fonder une famille.

    Les premiers sentiments :
    Le point final qui mit fin à nos espoirs d'avoir des enfants génétiquement liés à nous deux nous a été asséné de façon laconique par le médecin de l'hôpital, avant que mon mari n'ait eu le temps de remonter son pantalon : “Vous n'avez pas la moindre chance d'avoir des enfants. N'essayez pas d'avoir recours à des traitements de charlatans, ils ne marchent pas… Au revoir.” On ne nous a offert aucune alternative et il n'y avait aucun soutien psychologique. Nous sommes sortis en titubant dans les rues tristes et mornes de Londres, effondrés par le manque d'espoir, mais pas surpris. C'était écrit depuis le premier test sur le sperme pratiqué par notre médecin de famille.

    Je m'étais demandée ce que je ressentirais à ce moment là. Serais-je en colère, triste, désespérée ou simplement déçue ? Est-ce que je l'aimerais toujours ? Comment pourrions-nous avoir des rapports et savoir que jamais un enfant ne serait conçu, quelque soit la peine que nous prenions pour prévoir le moment de nos rapports? (et oui, nous agissions mécaniquement dans notre effort de concevoir !).

    Notre sensibilité était à vif. Comment allions sortir de cette ornière ?

    Aujourd'hui, les choses peuvent se passer un peu différemment.

    Naturellement aujourd'hui, grâce à l'injection de sperme intra-cytoplasmique (ICSI), la possibilité que l'on vous dise sèchement que vous ne pourrez pas d'avoir d'enfant génétiquement lié à vous est amoindrie. Je pense que, dans une certaine mesure, cela a été plus facile pour nous. Quand nous nous sommes remis de notre traumatisme et que nous avons envisagé ce qui était possible, tout était très clair : IAD, adoption ou rester sans enfant. L'ICSI est un progrès des plus merveilleux qui donne l'espoir de devenir père à de nombreux hommes qui ont des problèmes de fécondité. Mais quand tombe la nouvelle définitive que même cela ne va pas marcher, c'est peut-être un coup encore plus dur à cause de l'espoir qu'il a entretenu.

    Ce que ressentent les hommes :
    Et, en fait, que ressent votre homme sur tout cela ? Ce n'est pas toujours facile à dire. Il y a tant d'hommes qui sont habitués à cacher ce qu'ils ressentent vraiment à n'importe quel sujet. Cela ne veut pas dire qu'ils n'ont pas de sentiments profonds, cela veut simplement dire qu'il leur est souvent particulièrement difficile de les montrer ou de les exprimer. Vous pouvez bouillir d'impatience de discuter avec lui de la situation et il branche la télé, va faire du sport, se retire dans son coin, que ce soit le café, l'abri de jardin ou l'ordinateur…. n'importe où MAIS ne pas en parler. Ceci n'est pas vrai pour tous les hommes naturellement, mais j'ai discuté avec suffisamment de monde sur le Net pour savoir que c'est une réaction courante. Je me souviens avoir ressenti de la frustration quand mon mari refusait d'en parler beaucoup. Je supposais qu'il devait se sentir très mal, peut-être un sous-homme, bien qu'il refusait de le reconnaître. Après des années, j'en suis venue à comprendre que le plus gros chagrin pour lui était l'interruption de la lignée familiale, bien qu'il ne puisse l'exprimer à ce moment là et peut-être ne le réalisait-il pas pleinement lui même. C'est différent pour chacun.

    On sait que de nombreux hommes, chancelant encore sous le choc de leur résultats aux tests, proposent de divorcer ou de rompre le concubinage pour donner à leur compagne la liberté de chercher un homme qui puisse lui donner des enfants. Ils supposent que nous n'allons plus les vouloir parce qu'ils ne peuvent livrer ‘la marchandise'. Bien qu'il soit vrai que la stérilité n'a AUCUN lien physique avec la sexualité ou la virilité, certains hommes se sentent tellement diminués qu'ils peuvent refuser toute relation sexuelle pendant un certain temps et/ou devenir temporairement impuissants après avoir appris qu'ils étaient stériles. Si vous en êtes capable, donnez lui l'assurance qu'il a sa place dans votre lit aussi bien que dans votre cœur.

    La réaction des hommes quand ils apprennent qu'ils sont stériles varie énormément, mais la colère (pourquoi moi ?), la honte et/ou le besoin de cacher leurs émotions sont typiques. Il est probable qu'ils se sentiront vulnérables mais seront incapables de demander attention et soutien ou ils les refuseront. Montrer à votre compagnon que vous comprenez et respectez ses sentiments (quel-qu’ils soient) et lui proposer un soutien affectueux (même s'il le trouve difficile à supporter) est la première étape pour faire face à ce que l'avenir vous réserve.

    Que ressentent les femmes :
    Choc, désespoir, colère (contre le compagnon, Dieu, les docteurs, la belle-mère), déception, profonde tristesse (de ne pas avoir un enfant d'un partenaire aimé), attitude protectrice (envers le compagnon ou l'intimité familiale) font partie des émotions récurrentes que les femmes sont susceptibles de ressentir.

    Il se peut aussi que votre fécondité s'amoindrisse petit à petit et cette nouvelle est encore un grand coup à supporter. Le dilemme est que les hommes et les femmes ont des façons différentes de faire face à ces sentiments. En général, ce sont les femmes qui soutiennent et consolent mais dans une telle situation, nous aussi nous avons besoin de soutien et de consolation. Mais ça ne marche pas toujours parce que les hommes et les femmes ont des façons différentes d'aborder ces nouvelles et ces situations chargées d'émotions. De nombreux couples à qui j'ai parlé disent que c'est juste au moment où ils auraient dû être très proches, qu'ils ne s'étaient jamais sentis aussi éloignés l'un de l'autre par ce qu'ils avaient le sentiment qu'ils n'étaient pas sur la même longueur d'onde.

    Il est vrai que la stérilité met les relations à rude épreuve Ceux qui en sont sortis et se sont sentis plus forts de ce fait, disent que le secret est que chaque partenaire se respecte en tant qu'individu qui a besoin de prendre son temps, à son rythme pour affronter ses sentiments. Il peut être utile aussi que chaque partenaire dise à l'autre ce dont il a besoin (de calme, d'espace, de parler, de collecter des renseignements) et soit prêt à négocier pour que tous les deux puissent obtenir satisfaction à certains de ces besoins.

    Par exemple, un couple décida de parler des problèmes de fécondité pendant le week-end (pour satisfaire le besoin de la femme de partager ses sentiments avec son compagnon et pour eux de commencer à prendre des décisions), mais de ne pas mettre le sujet sur le tapis tous les soirs à l'heure du repas (pour satisfaire son désir à lui de réfléchir calmement). Ils furent d'accord aussi pour qu'elle puisse partager ses impressions avec sa mère et une amie proche, pour qu'elle puisse ainsi ne pas avoir le sentiment d'être isolée et avoir un soutien au jour le jour.

    Certaines femmes ont l'instinct irrésistible de protéger leur homme contre les plaisanteries douteuses d'étrangers (les références aux “oranges sans pépin” ou “tirer à blanc” sont très communément entendues parmi les hommes), et c'est pour cela qu'elles ne parlent pas de leur situation. Mais ne pas parler des problèmes de stérilité de leur partenaire les empêche d'avoir accès à un soutien possible. Et, de ce fait, cela peut amener à une pression insurmontable avec leur partenaire.

    Un autre moyen qu'ont les femmes de protéger leur homme est de se rendre responsables du manque de fécondité et elles prétendent que ça vient d'elles. Il semble que ce soit un acte d'amour généreux mais il en résultera que tous les sentiments des deux partenaires seront cachés sous le tapis.

    Cela dénie aussi à l'homme la possibilité de prendre conscience de ce qu'il ressent et de s'accepter comme le même qu'il était avant le diagnostic de stérilité, et peut être maintenant de se sentir plus fort et plus sage. Cacher les sentiments sous le tapis est rarement une bonne idée de toutes façons, car ils ressortent quand vous ne vous y attendez pas sous la forme de colère, ressentiment et tension, ce qui rend les relations difficiles.

    Pour moi, il m'a fallu une gestation de neuf mois après le diagnostics définitif de la stérilité de mon mari pour prendre la décision de poursuivre avec l'IAD. Pendant ce temps, chacun de nous souffrait parce que nous ne pouvions engendrer un enfant, mais nous ne parlions que rarement de ce que l'autre endurait.

    J'ai cherché des hôpitaux et des cliniques et nous nous sommes inscrits dans des cliniques privées de façon à pouvoir poursuivre le traitement dès que nous aurions pris une décision définitive. Il semble que l'un des moyens de trouver la réponse qui convienne aux deux soit le TEMPS, mais il ne m'a pas fallu neuf nois pour savoir que j'y étais toujours attachée à lui.

    Ce que l'on ressent, avant, pendant et après le traitement :
    Que dire de l'insémination ? Quand on en vient à penser à un donneur, de nombreuses femmes trouvent que l'idée (et parfois l'expérience) que le sperme d'un autre homme soit introduit en elles particulièrement bizarre. J'ai entendu des femmes dire que cela ressemblait à l'adultère, bien que je n'ai pas ressenti la même chose.L'adultère implique des contacts intimes avec une autre personne et dans ce cas d'insémination, il est incontestable que c'est un acte clinique.

    Que vous ressentiez de la colère quand vous réalisez que c'est vous qui allez suivre un traitement bien que votre fécondité ne soit pas en cause, c'est une façon de vous adapter à ce qui vous arrive à tous deux. Si, cependant, vous ressentez toujours de la colère au début du traitement, il se pourrait que cela montre qu'il y a des problèmes que vous n'avez pas envisagés. En parler avec un psychologue, soit à la clinique ou ailleurs, peut vous aider à résoudre les problèmes.

    Certains couples aiment aller aux séances de traitement ensemble. Dans certaines cliniques, il est possible au futur père de prendre une part active dans l'acte en appuyant sur le piston de la seringue d'insémination, si les deux partenaires le souhaitent. Pour d'autres, l'insémination ressemble tout simplement à ‘un autre rendez-vous à la clinique' soit que l'homme s'assoie et attende dans la salle d'attente ou bien n'assiste pas du tout. Je me souviens avoir fait un traitement dans la clinique à l'heure du déjeuner. Ça aurait été vraiment très bizarre de trainer mon mari et lui faire quitter son boulot. Nous sommes tous différents. Ce qui est important est que, quelque soit la méthode que utilisez, vous soyez tous les deux d'accord.

    D'après mon expérience, les femmes ont des sentiments très variés sur leur donneur de sperme et maintenant qu'on peut obtenir plus de renseignements et que les donneurs (depuis avril 2005, en Grande Bretagne) doivent être “prêts à accepter d'être reconnus” par les jeunes à partir de 18 ans, il y a des chances pour que ces sentiments aient une plus grande portée. Pour certaines, c'est une personne vivante à qui elles pensent et à qui elles donnent des qualités. Pour ces femmes, ce que l'on peut savoir sur le métier, les intérêts et les raisons de leur don aident à donner une idée plus précise du donneur en tant que personne et est utile pour s'adapter au recours à l'IAD pour fonder une famille.

    De nombreuses femmes ont des rêves et des fantasmes étranges quand elles pensent et espèrent avoir un enfant. Il en est de même pour celles qui utilisent un don de sperme et il se peut même que leurs fantasmes soient plus forts et durent plus longtemps. Avant de devenir enceinte de mon premier bébé IAD je rêvais que je portais un monstre. Je me l'expliquais en me disant que l'inconnu concernant le donneur me préoccupait. Pour moi, les peurs et les fantasmes disparurent dès que je fus enceinte, mais pour certaines femmes les rêves continuent pendant la grossesse. On ne sait si avoir plus de renseignements sur le donneur peut aider à éviter ces rêves et ces fantasmes. Par bonheur, ils ne semblent pas influer sur nos sentiments pour l'enfant quand il nait. Je n'ai pas eu de fantasmes avant de concevoir mon deuxième enfant IAD.

    Qui doit savoir ?
    Vous pouvez vous demander : qui a besoin de savoir ? Pourquoi exposer votre compagnon à un possible ridicule, pourquoi risquer le rejet de la famille ou des amis, pourquoi faire douter votre enfant sur l'identité de son père ? Ce sont les questions qui sûrement vous passeront par la tête. Mais vous pourriez prendre un peu de temps pour retourner la situation : qu'y a-t-il derrière les plaisanteries sur la stérilité et est-ce que je veux continuer dans ce sens, est-ce que la famille et les amis proches ont une quelconque envie de nous rejeter tout simplement parce que nous construisons notre famille d'une manière un peu différente ? si nous sentons le besoin de cacher comment notre enfant a été conçu, cela veut-il dire, d'une certaine façon, que nous avons honte et est-ce que l'enfant ne va pas le ressentir ? La honte et la peur se terrent d'habitude derrière les secrets. Est-ce là une base stable pour fonder une famille ?

    Pourquoi serait-il honteux d'avoir des problèmes de fécondité ? Il est triste de constater que pendant des siècles, la stérilité masculine a été associée pour le commun des mortels à l'impuissance. Le terme impuissant est souvent utilisé pour signifier le manque de pouvoir et avoir du pouvoir, dans de nombreuses cultures, semble être l'essence même de l'homme.

    Une des raisons qui a poussé les hommes et les femmes dans le Réseau à s'attaquer au mythe de la stérilité masculine est qu'ils ne veulent pas que leur lien avec leurs enfants soit terni par le secret. Certains, adultes maintenant, conçus par insémination par donneur, se sont exprimés clairement et se sentent très éloignés de leur père, Avec le recul, ils sentaient que leur père se tenait très à l'écart et n'était pas prêt à entrer en contact avec eux. Quel qu’en soient les raisons compliquées, la fonction de père moderne exige un type de relation plus constante. Des liens étroits entre père et enfant assurent aussi au père la confiance dont il a besoin pour affronter les défis qu'émettent les adolescents belliqueux contre son rôle et son autorité.

    Tenir les enfants au courant :

    Il est absolument vrai, qu'en tant que femme féconde, je n'ai jamais regretté d'avoir recours à l'insémination par donneur pour construire notre famille. Ma grande tristesse de ne pas avoir SON bébé s'est modifiée au cours des années et m'a donné un sentiment de satisfaction et de plénitude avec les enfants que nous avions. Au fil du temps, nous sommes devenus plus proches en tant que couple à cause des épreuves que nous avions traversées ensemble. En tant que mère de deux jeunes, je ne peux imaginer ce que serait la vie si nous n'avions pas été « francs » avec eux dès leur enfance. Les relations que nous avons avec ces deux jeunes individus est intime et chaleureuse, entourée de respect et de sincérité mutuelles. Ils sont merveilleux.

    Si vous envisagez d'avoir recours à un donneur pour vous aider à fonder une famille :

    Prenez votre temps avant de prendre la décision et ne poursuivez pas le parcours si votre conjoint n'est pas absolument d'accord.

    Soyez fière de ce que vous faites. Il se peut que ce ne soit pas SON bébé, mais être père est le fait de reconnaître, de toute façon, votre enfant comme un individu à part entière.

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